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JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

Publié le par Nicolas Ravain

Vendredi 19 octobre 2012 :

Rubber – Quentin Dupieux – France – 2010 - DVD

Résumé :

Dans le désert californien, des spectateurs incrédules assistent aux aventures d’un pneu tueur et télépathe, mystérieusement attiré par une jolie jeune fille. Une enquête commence.

JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

Difficile de faire un résumé de cet OFNI (Objet Filmique Non-Identifé) qu’est Rubber, le 2ème long-métrage de Quentin Dupieux, après le conceptuel Steak avec le duo Eric et Ramzy et un moyen-métrage tout aussi conceptuel intitulé Non Film.

Soit un film dont le personnage principal est un pneu.

- Un quoi ?

- Oui, un pneu !

Et pas n’importe quel pneu : un pneu serial-killer !

- Un quoi ?

- Un serial-killer ! Un tueur en série !

- Ah, un serial-killer… !

Allez, rajoutons-en une couche dans le n’importe nawak : un pneu serial-killer et télépathe !

- Ah ouais, quand même…!

Ce pitch totalement barré, sûrement l’un des plus originaux de toute l’histoire du cinéma, pourrait d’abord faire craindre le pire. Une sorte de blague un peu pourrie, flirtant avec la série B, voire Z. Une grosse arnaque, quoi.

Mais Rubber est bien plus que ça…

JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

La première chose que l’on peut clairement affirmer à propos du film est qu’il a de la gueule ! Tourné dans le désert californien avec un appareil photo (le fameux Canon 5D Mark II), la mise en scène de Dupieux est précise et précieuse. La lumière est superbe, tout comme les longs mouvements qui suivent le pneu dans ses pérégrinations meurtrières. Le réalisateur n’a pas peur de faire durer ses plans, loin du montage façon clip, instaurant une atmosphère et un rythme bien particulier à l’ensemble du métrage.

Le début du film donne d’ailleurs d’emblée le la : des plans sur des chaises vides, dans un environnement vide, sans musique, sans dialogues. Un homme en costume avec des dizaines de jumelles dans les mains.

What the fuck ?

Puis vient un monologue absolument culte et génialement interprété par le comédien Stephen Spinella, long de près de 2 minutes, en plan fixe et face caméra (l’acteur s’adresse directement aux spectateurs).

Pourquoi le E.T du film de Spielberg est-il marron ?

Pourquoi les personnages de Massacre à la tronçonneuse ne vont jamais aux toilettes ?

Pourquoi les deux protagonistes de Love Story tombent-ils amoureux ?

Et toujours la même réponse à ces questions : NO REASON.

Voilà les intentions de Dupieux mises à plat dès le début du film : ne cherchez pas de RAISONS à ce que vous allez voir. Les choses arrivent, comme ça. Et pis c’est tout !

JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

Et puis lors du contre-champs qui suit ce monologue, on se rend compte que l’acteur s’adressait non seulement à nous, spectateurs du film de Dupieux, mais également à un groupe de personnages venus assister eux-mêmes aux aventures de Robert (oui, parce que le pneu serial-killer/télépathe porte le doux nom de Robert. Pourquoi ? No reason !).

C’est là que le film devient vraiment intéressant et acquiert une dimension supplémentaire, dans cette superposition de couche de lecture. Un film dans le film. Des spectateurs qui regardent des spectateurs en train de regarder un film. Mise en abyme vertigineuse, sommet d’absurdité !

JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

Mais Dupieux ne se contente pas d’être un petit malin et développe avec sincérité l’histoire pourtant incongrue de son protagoniste en caoutchouc.

A ce titre, l’éveil à la vie de Robert est particulièrement réussi. S’extirpant de terre avec difficulté, le pneu se lève et apprend à rouler de façon autonome, maladroitement d’abord, tel un enfant faisant ses premiers pas.

Et la magie opère : on se prend presque d’empathie pour ce morceau de plastique doué de vie ! Un pneu qui s’amuse à écraser une bouteille en plastique. Qui regarde la télévision. Qui matte une femme sous la douche. Qui tombe amoureux.

Ah ! Sacré Robert !

Manquerait plus qu’il se mette à boire de la bière et à raconter des blagues celui-là !

Mais n’oublions pas que Robert est aussi et surtout un tueur en série, et son modus operandi pour dézinguer les être vivants (ses premières victimes étant un scorpion, puis un lapin) n’est donc pas de les écraser, comme on pourrait se le dire logiquement au départ, mais de leur faire littéralement exploser la tête grâce à son don télépathique.

Et Dupieux de s’en donner à cœur joie dans l’aspect gore, à grand renfort de gerbes de sang et de morceaux de cervelles étalées un peu partout !

JDC - S02.Ep.17 - Rubber (film n°44)

Mêlant western-spaghetti, road movie, film d’horreur, comédie, poésie et enquête policière, Rubber fait partie de ces films qu’il faut voir de ses propres yeux pour en comprendre les tenants et aboutissants. On pense à David Lynch. Aux Monty Python. A Luis Bunuel. A Bertrand Blier.

Il est certain que ce genre de films possède ses admirateurs et ses détracteurs. En gros, soit on rentre dans le film et on se laisse guider dans cet univers surréaliste, soit on reste sur le bord de la route en trouvant tout cela un peu débile et sans grand intérêt.

A noter que Quentin Dupieux vient de sortir un nouveau film, intitulé Wrong, persévérant dans cette veine absurde et décalée : soit l’histoire d’un homme parti à la recherche de son chien disparu en pleine banlieue américaine et croisant sur sa route un détective, une vendeuse de pizza, un jardinier ou encore un gourou.

Pourquoi ?

NO REASON !

Reste à savoir si le cinéaste n’est finalement qu’un petit malin prétentieux, ou un grand cinéaste en puissance.

L’avenir le dira.

Et pour les plus curieux, le premier film de Quentin Dupieux, le tout aussi absurde et décalé Non Film, visible en intégralité sur YouTube :

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