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Journal d'un cinéphile - Film n°14 : 127 heures

Publié le par Nicolas Ravain

Mardi 12 juin 2012 :

127 heures (127 hours) – Danny Boyle – USA – 2010 – DivX

Résumé :

Le film retrace l’histoire vraie de l’alpiniste américain Aron Ralston, qui, lors d’une randonnée solitaire en 2003 dans un Canyon, fait une chute et se retrouve coincé sous un rocher de 100 kilos. Un long calvaire commence pour lui, qui durera 127 heures…

Journal d'un cinéphile - Film n°14 : 127 heures

Donc, ce film, c’est l’histoire d’un type qui est coincé sous un rocher pendant 1h30 ?!

A l’image de son personnage, le réalisateur Danny Boyle semble s’être lancé une sorte de défi en tournant ce film, défi scénaristique, défi de mise en scène, défi d’interprétation. Comment rendre intéressante et vivante à l’écran cette histoire vraie relatée dans un livre par celui qui l’a vraiment vécue ?

Le défi est-il réussi ?

Pour ma part, je dirais « oui » !

Je pense à l’excellent film de Rodrigo Cortès Burried, dans lequel un homme est coincé dans un cercueil pendant 1h30, sans que la caméra ne sorte jamais de la boîte en bois. Autre film, autre défi, même année de production ! Si le principe de base reste le même (filmer l’immobilisme forcé d’un individu), les moyens sont en revanche tout à fait différents.

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Ici, la mise en scène du réalisateur anglais est un peu « clippesque », faite de cuts, de split-screens (écrans partagés en plusieurs images), de flashs, de caméra portée à la main, mais tous ces effets ne sont pas gratuits, ils servent à dynamiser et dynamiter le récit.

Grâce à ces effets, Danny Boyle confère à son film une dimension quasi métaphysique, où le minuscule et l’immense se rejoignent, où la solitude de cet homme coincé dans un canyon devient une odyssée de l’espèce humaine se battant pour sa survie. Un plan résume très bien cette idée : on part du personnage qui appelle à l’aide en plan serré, puis la caméra prend de la hauteur jusqu’à surplomber le canyon, et continue de s’élever, toujours plus haut, jusqu’à rendre dérisoire le canyon lui-même, petite cicatrice insignifiante sur la surface de la Terre, et renvoyant Aaron Ralston au statut de simple fourmi.

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Plus tard, c’est le temps lui-même qui est mis en perspective : le passé, le présent et le futur se mélangent dans la tête du protagoniste, et se mélangent donc aussi à l’image.

Si le film utilise de nombreuses astuces de mise en scène pour donner du sens et une dimension épique au récit, sa force repose aussi (et surtout !) sur la prestation de l’excellent James Franco (Spiderman, Harvey Milk, La planète des singes : Origines).

Au cours du film, l’acteur passe par toute une gamme d’émotions, d’abord la joie, puis la douleur, la colère, la peur, la fatigue, la rage, la résignation et la folie ! En effet, le personnage a avec lui une petite caméra vidéo, grâce à laquelle il se filme lui-même et adresse des messages à sa famille et à toute personne susceptible de trouver un jour son corps si par malheur il ne s’en sortait pas. Mais lors de moments de désespoir et de pétage de plomb, il se croit dans un show télévisé, interprétant le rôle du présentateur et de l’invité, s’adressant à un public que l’on entend mais ne voit pas.

Journal d'un cinéphile - Film n°14 : 127 heures

Coincé sous son rocher et équipé de divers outils, Aron Ralston tente de faire marcher son intelligence pour se sortir de sa délicate situation. Utiliser les cordes à sa disposition pour faire des nœuds, mettre en place des systèmes de poids et contre poids, de balanciers. Mais rien n’y fait. Le rocher ne bougera pas. L’intelligence n’a pas sa place ici. Il ne s’agit que d’instinct de survie, de chair, de fluides corporels (sang, larmes, urine) et de détermination.

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Car de la détermination, il en faudra au personnage pour se résoudre à commettre le seul acte susceptible de lui sauver la vie et de le sortir de là vivant.

Le canif ne coupe pas très bien, certes, mais il est bien là. Et quand il faut y aller, il faut y aller !

A côté de moi, ma chérie se tortille de douleur, se cache les yeux, « non ! non ! aïe ! aïe ! ». Le fait que tout cela soit une histoire vraie, c’est ça qui fait vraiment mal au fond !

Et nous, qu’aurions-nous fait dans une situation semblable ?

Danny Boyle, cinéaste talentueux mais à la carrière en dents de scie (Trainspotting, Petits Meurtres entre Amis et 28 jours plus tard pour les meilleurs, La Plage, Une vie moins ordinaire et Millions pour les moins bons) réussi donc son défi haut la main, son film est vivant et prenant, malgré son pitch ridiculement simpliste.

Assurément son meilleur long-métrage depuis Sunshine, son méconnu mais très beau film de science-fiction dans lequel l’équipage d’un vaisseau se rend tout droit au cœur du soleil.

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