JDC-S02.Ep.08 - Meurtres sous Contrôle (film n°33)
Mercredi 19 septembre 2012 :
Meurtres sous contrôle (God Told Me To) – Larry Cohen - USA – 1975 - DVD
Résumé :
« Dieu me l’a ordonné… » Telle est la mystérieuse phrase répétée par les responsables d’une succession de meurtres perpétrés au cœur de New York. L’inspecteur Nicholas, chargé de l’affaire, va se trouver confronté à une enquête insolite, qui débouchera sur une terrible et surprenante révélation mystique l’impliquant personnellement.
Principalement connu pour sa trilogie du Monstre est Vivant, dans lequel une femme donne naissance à un nouveau-né monstrueux et meurtrier, Larry Cohen met ici en boîte un brillant petit film de série B, qui pallie son manque de moyen par un script inventif et surprenant et une mise en scène sèche et efficace. Le film démarre donc sous les traits d’un polar, pour ensuite bifurquer vers le thriller, puis le fantastique et même la science-fiction.
La scène d’intro est à ce titre impressionnante : en pleine journée, un snipper abat froidement des passants (14 tout de même !), avant de se donner la mort en se jetant dans le vide, visiblement heureux de son acte.
Tout ces meurtres commis « au nom de Dieu » résonnent aujourd’hui d’une nouvelle façon : le lendemain de la vision du film, je tombe sur le zapping de Canal+ dans lequel un extrémiste islamiste du Mali justifiait le fait d’avoir tranché les mains de 5 hommes « au nom de Dieu ». Et tous ces attentats commis ces dernières années, eux aussi justifiés par des idéaux d’ordre religieux. Et cela n'est pas nouveau. Comme le chante l'ami Pierre Perret : Depuis la nuit des temps / On s'étripe gaiement / Au nom de Dieu
Le film s’attaque donc avec intelligence et de façon quasi visionnaire à l’extrémisme religieux, quel qu’il soit. Toute l’idée du film est résumée dans un dialogue, prononcé par une secte vénérant ce qu’elle considère comme étant un Dieu :
« Pourquoi ne fait-il pas quelques miracles ? Pourquoi ne guérit-il pas quelques milliers de personnes ? Ce serait plus efficace !
- Vous savez bien que Dieu n’a jamais réussi à discipliner l’être humain que par la peur. Si vous guérissez un malade, vous impressionnez quelques milliers de personnes qui ont déjà la foi. Tuez des millions de gens et vous convaincrez toute une nation. »
Une autre séquence fait particulièrement froid dans le dos, lorsque le policier interroge un homme qui vient d’assassiner sa femme et sa fille à coups de fusil. Le criminel est tout à fait calme, ne fait preuve d’aucun remord ni d’aucune compassion, simplement heureux d’avoir accompli son devoir envers Dieu. Cette attitude met d’ailleurs dans une rage folle l’inspecteur, lui qui est un homme de foi et un pratiquant assidu, ne comprenant pas comment on peut revendiquer de tels actes au nom de la foi.
La trajectoire du personnage principal (impeccable Tony Lo Bianco) est également très intéressante. Fervent chrétien, il doit pourtant faire face à un futur divorce, sa femme sous-entend qu’il est responsable de la mort prématurée et in utéro de ses trois enfants, et sera amené à remettre en question sa foi et ses propres origines tout au long du film.
Au final, semble nous dire Larry Cohen, quels que soient les dieux que l’on vénère, le plus important est de conserver son libre-arbitre, et de ne jamais devenir esclave de sa propre foi. Croire en Dieu, d’accord, mais par Amour, et non par peur !
Terminons cet article sur la voix fluette et guillerette du (trop) gentil Pierre Perret, avec sa chanson : Au nom de Dieu.