JDC-S02.Ep06 - La Maison des Otages (Film n°31)
Jeudi 13 septembre 2012 :
La Maison des Otages (Desperate Hours) – Michael Cimino - 1990 - USA - DVD
Résumé :
Le criminel Michael Bosworth s’évade pendant son procès grâce à la complicité de son avocate et maîtresse, Nancy Breyers. Rejoint dans sa cavale par son frère et un autre complice, le trio de malfrats se réfugie dans une villa d’un quartier huppé et prend en otage la famille Cornell. Très vite, la tension monte…
Je ne peux pas parler de ce film sans dire quelques mots de son réalisateur, l’immense Michael Cimino. En 1978 sort son 2ème film, le chef-d’œuvre Voyage au bout de l’enfer, fresque magistrale de 3h sur la guerre du Vietnam et ses effets ravageurs sur la psychologie et la vie sociale des soldats, qui remporte l’Oscar du Meilleur Film cette année-là. Succès publique et critique. Consécration. Cimino a le monde à ses pieds.
Deux ans plus tard, sort sur les écrans sont 3ème film : La Porte du Paradis. Un western de près de 4h (!!!), au casting prestigieux et au budget de 40 millions de dollars, qui s’avère être un échec cuisant. Le film va même jusqu’à mettre en faillite sa société de production, la mythique United Artist, créée en 1919 par Charlie Chaplin (entre autre). Cimino devient alors persona non grata à Hollywood, et entame la deuxième partie de sa carrière, durant laquelle il tourne peu, et ses films n’ont alors plus le souffle ni l’ambition de ses débuts.
Alors, pourquoi que je vous raconte ça ?
Et bien, tout ça pour dire que Desperate Hours, son avant-dernier long-métrage, a beau être mis en scène par un réalisateur de génie, il donne l’impression d’avoir été fait dans le but de ne pas faire de vague, comme si Cimino voulait prouver qu’il était capable de mettre en boîte un « petit » film, qui plus est un huis-clos, lui qui est par essence le metteur en scène par excellence des grands espaces et du souffle épique.
Pourtant, le début du film donne de faux espoirs : des paysages à couper le souffle et une efficace évasion du tribunal par un Mickey Rourke plus animal et charismatique que jamais. Prometteur !
Malheureusement, lorsque le film tourne au huis-clos et s’enferme dans cette maison d’un quartier bourgeois, les espoirs retombent, lentement mais sûrement. Ce n’est pas tant dans la forme, qui est assez soignée (l’espace de l’immense maison est bien rendue), que dans le fond. La confrontation entre le trio de truands et la famille bourgeoise américaine, chapeautée par Anthony Hopkins, n’est pas à la hauteur. J’attendais que la famille typique, pourtant malmenée au départ avant l’arrivée des malfrats (le père a trompé sa femme et ne vit plus dans la maison), éclate et révèle toute ses failles sous l’influence néfaste de leurs geôliers. Malheureusement, il n’en est rien, et c’est même l’inverse qui se produit : la famille se ressoude et les erreurs du passé sont effacées. Le Mal ne peut rien contre l’american way of life.
Le film souffre également à mon sens d’un problème de gestion du temps et de la psychologie des personnages, dont on ne comprend pas toujours les motivations. Les truands investissent au départ cette maison dans le but d’attendre que les rejoigne l’avocate et maîtresse de Michael. Alors pourquoi ne pas tout simplement attacher les membres de la famille et attendre patiemment au lieu de les laisser aller et venir dans la maison, se regrouper entre eux, entrer et sortir de la maison ? Et puis cette nuit qui passe trop rapidement, pendant laquelle les membres de la famille ont visiblement dormi tranquillement dans leurs chambres. Et la mort de l’un des malfrats, superbement mise en scène, mais dont les circonstances sont plus que farfelues.
Bref, un film imparfait et un peu brouillon, certes, mais tout de même un film du grand et trop rare Michael Cimino, ça ne se refuse pas !