Journal d'un cinéphile - Film n°1 : Jeu d'enfant
20 mai 2012 :
Jeu d'enfant - (Child's Play) - Tom Holland - USA - 1988 - DVD
Résumé :
Charles Lee Ray est un tueur en série psychopathe qui, en tentant d'échapper aux forces de l'ordre, est tué dans un magasin de jouets. Avant de mourir, il utilise la magie vaudou pour placer son esprit dans une poupée. La mère d'Andy Barclay, un petit garçon, lui offre cette poupée qui imite le physique d'un garçonnet roux en salopette. Il s'agit d'une poupée "Good Guys", qui fait fureur auprès des jeunes à cette époque, et qu'Andy souhaite posséder à tout prix...
Je connaissais sa frimousse et sa mythologie depuis bien longtemps, à ce bon vieux Chucky ! Au fil des magazines Mad Movies et autres ouvrages sur le cinéma fantastique. Chucky, la poupée tueuse, tout le monde la connais, non ? Elle est devenue une icône du fantastique, au fil d’une saga de 6 films, de 1988 à 2004 (avec une rumeur de remake - comme c'est la mode aujourd'hui - pour 2013).
Pourtant amateur de films fantastiques et d’horreur, je n’avais jamais regardé ce film jusqu’à ce jour. Plutôt une bonne surprise !
Un « petit » film, sans génie, mais plutôt bien troussé et shooté, même si la mise en scène ne vaut pas celle d’un Carpenter ou d’un Joe Dante de l’époque. Joe Dante, à qui j’ai pensé à plusieurs reprises en regardant le film, me disant que dans les mains du bonhomme, le film aurait sûrement été plus loin, jouant à fond sur l’ironie cruelle du jouet maléfique, symbole de la société de consommation se retournant contre ses consommateurs, comme il le fit avec Gremlins et, plus tard, Small Soldiers.
Mais ici, la satire n’est pas poussée très loin, et la réalisation n’a pas grand chose de virtuose, à part quelques beaux plans-séquences au steadicam.
Reste LA trouvaille principale du film, son attraction première : cette poupée « Good Guys », au sourire si angélique, cette tignasse si rousse, les joues si roses. Aussi terrifiant que mignon ! Là réside l’intérêt véritable du film de Tom Holland, à savoir réussir à donner vie à cette poupée, non pas dans les moments où elle est animée, donc « vivante », mais lorsqu’elle doit se faire passer pour une simple poupée désarticulée auprès des adultes, le corps inanimé, et que malgré cette apparence, la poupée se « remplit » de quelque chose d’humain. Les deux billes au regard vide que sont ses yeux et son sourire figé prennent alors une dimension inquiétante. La poupée est d’ailleurs plus inquiétante lorsqu’elle répète de sa voix angélique les phrases préenregistrées (« Hi ! I’m Chucky ! I like to get hugged ! ») que lorsqu’elle débite des insultes et autre menaces de mort de sa voix éraillée de "méchant" ("You stupid bitch ! Fucking slut !").
La relation qui se noue entre la poupée et le petit Andy (Alex Vincent) est assez intéressante également. Le film n’est pas exclusivement concentré sur l’enfant, mais celui-ci a tout de même une part importante dans le métrage. Au départ, on se dit que la poupée va s’en prendre directement à l’enfant. Mais une autre relation se noue, faite de complicité, de secrets et de trahison. On ne voit pas Chucky parler directement à l’enfant dans la première partie, mais celui-ci lui a révélé sa véritable nature, sa véritable identité, si bien que, comme les adultes dans le film, on en vient à se demander si cela n’est pas le fruit de l’imagination de l’enfant. Les deux ne font-ils qu’un ? Sont-ils les deux visages antagonistes d’un même enfant tourmenté ? Chucky serait-il le Mister Hyde du jeune Andy, celui des pulsions instinctives ?
Mais lorsque la situation se retourne contre l’enfant, quand c’est lui qui en pâtit (il se retrouve séparé de ses parents et isolé dans un hôpital), Andy comprend qu’il a été trahi et utilisé par son double maléfique. Une lutte va alors s’engager entre eux, Chucky voulant s’emparer du corps d’Andy pour y transférer son âme.
Je ne peux m’empêcher de citer LA punchline du film, lorsque Chucky est enfermé dans la cheminée et qu’Andy s’apprête à lui mettre le feu.
« I thought we were friend until the end !
- THIS is the end, my friend ! »
Dans le premier Scream (Wes Craven), le personnage de Randy rappelle une règle essentielle du slasher : « Attention, c’est toujours à ce moment-là que le méchant qu’on croyait mort revient à la vie pour un dernier frisson. » Et Billy Loomis de rouvrir les yeux une dernière fois avant de se prendre une balle dans la tête.
(SPOILERS)
Dans Child’s Play, le procédé est poussé dans ses retranchements, avec pas moins de 3 retours d’entre les morts pour Chucky, en l’espace de quelques minutes. D’abord brûlé, puis décapité/démembré, et enfin abattu en plein coeur, voilà le calvaire qu’endure la poupée avant de rendre son dernier souffle.
(FIN SPOILERS)
Car ce qui n’est pas tout à fait vivant est difficile à tuer…
4 films suivront jusqu’en 2004, que je n'ai pas vu, qui donneront à Chucky une fiancée, et même un fils !
A noter que la copie du DVD édité par MGM en 2003 laisse vraiment à désirer (couleurs pâles, noirs grisonnants et contrastes peu poussés) !