Journal d'un cinéphile - Film n°2 : Starman
Résumé :
Échoué sur la planète Terre, un extra-terrestre (Jeff Bridges) prend l'apparence du défunt mari de Jenny Hayden (Karen Allen) et l'oblige à l'accompagner jusqu'au Meteor Crater, lieu où ses congénères doivent le récupérer. D'abord réticente, Jenny Hayden va progressivement finir par s'attacher à cet homme venu des étoiles.
Adorateur de la filmographie de John Carpenter (Halloween, The Thing, L’antre de la folie, Vampires…), j’ai quasiment vu tous les films du réalisateur new-yorkais, mais celui-là était passé entre les mailles. Starman me faisait un peu peur : une love-story par Big John, un Carpenter mineur, un peu l’équivalent dans sa filmographie du Always de Spielberg.
Mais quelle bonne surprise ! En réalité, un très beau et bon film ! Une belle histoire d’amour, jamais mièvre, juste simple et touchante. Moins un film de science-fiction, malgré son pitch, qu’un road-movie, très calme, tout en douceur, et souvent drôle ! Jeff Bridges est excellent dans le rôle de cet alien aussi intelligent qu’il est un peu bêta, ignorant tout des us et coutumes de la race humaine. Ce décalage, qui permet de pointer l’absurdité de certaines pratiques humaines (pourquoi ne peut-on pas manger le dessert avant le plat ?), est source de moments cocasses, mais le film de Carpenter ne tombe jamais dans la comédie potache et lourde.
Et quel plaisir de retrouver Karen Allen, l’éternelle Marion Ravenwood du premier et dernier Indiana Jones, décidément trop rare sur les écrans !
Heureux hasard, comme pour le film précédent (Jeu d’enfant), la problématique du personnage de l’alien est sa progressive « humanisation », sa capacité à apprendre de nouvelles choses, à ressentir de nouvelles émotions.
Si l’affreux Chucky possédait une âme dans une enveloppe non-humaine, à l’inverse, l’alien du film de Carpenter possède une enveloppe humaine mais pas d’âme, du moins au départ. Celle-ci va donc s’installer progressivement en lui au fil du film et le rendre plus humain, capable de comprendre et de ressentir l’Amour. Extrait :
« Define ‘Love’ », demande l’alien.
« It’s when you care more for someone else more than you do for yourself. But it’s not juste that. It’s when someone is a part of you. And when someone you love dies… (elle pleure) Shit ! »
« Define ‘Shit’ ».
Un bel exemple de la retenue dont fait preuve le film, de sa capacité à ne jamais tomber dans le larmoyant grâce à des pointes d’humour.
Le scénario déjoue les attentes que l’on pourrait avoir du pitch : on attend la course-poursuite contre les méchants du gouvernement qui veulent faire des expériences sur l’alien, mais elle n’arrive jamais vraiment. Pas de séquence finale pathos comme dans le E.T de Spielberg, où l’armée se mettrait à lui tirer dessus, empêchant son départ de notre planète, merde, j’espère qu’il va s’en sortir, il ne va quand même pas mourir une deuxième fois, non !!!
Le beau ballet d’hélicoptères au-dessus des plaines de l‘Arizona semble pourtant annoncer ce genre d’épilogue, comme un clin d’œil au Apocalypse Now de Coppola.
(SPOILERS)
Mais il n’en sera rien, la scène finale est très douce, sans bruits ni cris. Le très étrange et mystique vaisseau-planète vient chercher l’alien, le couple se dit un simple mais non moins émouvant « au revoir » et voilà l’alien reparti dans les étoiles !
(FIN SPOILERS)
Ce concept de « l’au revoir » est également central dans le métrage. Starman un film sur le deuil, deuil de l’être aimé, deuil de la relation amoureuse. L’alien qui débarque dans la vie de Jenny prend donc l’apparence de son mari mort depuis peu dans un accident, donc de façon inattendue et subite. Pour elle, ce retour de l’être aimé est une occasion non pas de le retrouver, mais de prendre le temps de lui dire « au revoir », de prendre le temps de le laisser partir.
Un film poignant, dont la mise en scène de Carpenter est, comme d’habitude, très maîtrisée, avec ce beau Scope qui le caractérise.