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Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Publié le par Nicolas Ravain

Mercredi 20 juin 2012 :

Hugo Cabret (Hugo) - Martin Scorsese – USA – 2011 - Blu-Ray 3D

Résumé :

Paris, années 30. Le jeune Hugo, orphelin, vit dans une gare pour laquelle il entretient les horloges. N’hésitant pas à l’occasion à voler viennoiseries ou petits objets, il est pris en flagrant délit par un vieux monsieur tenant une boutique de jouet, qui lui confisque son carnet de croquis. Ce marchand n’est autre que le fameux Georges Méliès, auteur de nombreux films féériques lors de la naissance du cinématographe et considéré comme mort ou disparu…

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Bon, avant de vous parler du magnifique film de Martin Scorsese, que j’avais honteusement raté lors de sa sortie en salles, je me dois de dire quelques mots à propos de Georges Méliès.

Et c’est qui, celui-là, d’abord ?!

Mais si, Georges Méliès, ce magicien/caricaturiste devenu cinéaste lors de l’apparition du cinéma, qui tourna 500 films remplis d’effets spéciaux, construisit le premier studio de cinéma au monde, connu la gloire, avant d’être ruiné et de tomber dans l’anonymat et la misère.

Non, toujours pas ?

Bon, voilà une image, qui doit forcément vous être familière, d’une façon ou d’une autre.

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Alors, ça vous dit quelque chose ?

Il s’agit du fameux alunissage du vaisseau dans le film Le Voyage sur la Lune, tourné par Méliès en 1902. Une image devenue iconique, que l’on connaît sans connaître, ouais, ça nous dit quelque chose, vite fait, quoi.

La vie et l’œuvre de Georges Méliès me passionnent depuis quelques années, tout comme cette période mal connue et extrêmement peu représentée qu’est la naissance du cinéma à la fin du du XIXème siècle : le cinéma comme curiosité scientifique, puis comme attraction de foire, son aspect magique, son potentiel économique…

Et dans ce contexte riche et mystérieux, la vie de Georges Méliès est un film à elle seule. Un destin hors du commun, une trajectoire faite de gloire puis de déchéance, une histoire d’amour, le tout sur fond de changement de siècle et de guerre mondiale.

Tout est là !

J’aime même essayé d’écrire un long-métrage sur le sujet, je me suis documenté, suis allé à l’excellente expo consacré au cinémagicien à la Cinémathèque française en 2008, j’ai acheté des bouquins, des DVD, j’ai écrit un peu, mais bon, ce film serait génial, mais qu’est-ce qu’il coûterait cher !

Je suis même entré en contact avec un scénariste qui avait déjà écrit un script de long-métrage sur le sujet, déposé à la SACEM, qui tournait dans les boîtes de prod mais ne trouvait pas preneur.

Je me suis dit : à quoi bon ?

Mais quand même, ça ferait un sacré film !

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Bon, voilà, le film sur Georges Méliès a été tourné, par un des plus grands cinéastes au monde, d’une façon si magique et intelligente, et dans une 3D pertinente et immersive !

Ca c’est fait !

Certes, le film n’est pas un biopic à proprement parler de la vie de Méliès, il n’en est pas le personnage principal (quoique…), mais il en est assurément la clé.

Et de clé, il en est d’ailleurs question dans le film, avec cette intrigue tournant autour d’un mystérieux automate ayant besoin d’une clé en forme de cœur pour se remettre en marche et délivrer son message.

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Il pouvait être un peu inquiétant de voir Martin Scorsese aux commandes de cette grosse production et prendre les rênes d’un film pour enfants, lui, le cinéaste plutôt habitué aux rues de New-York, aux gangsters et aux meurtres.

La fin d’un monstre sacré, qui vend son âme au diable pour faire de la soupe, et en 3D en plus ?

C’est oublier que Scorsese est un véritable amoureux du cinéma, grand collectionneur de bandes 35mm et véritable encyclopédie vivante du 7ème Art. Et à travers ce récit initiatique aux accents fantastiques, le réalisateur signe une superbe déclaration d’amour au cinéma et à sa dimension magique. Un film pour enfant, oui, mais aussi un film qui tente de retrouver l’essence même de l’émerveillement enfantin, avec des profondeurs de champs incroyables, des plans-séquences étourdissants et un casting impeccable.

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Un exemple de l’intelligence de la mise en scène et de l’utilisation pertinente de la 3D : lors de la première projection publique du cinématographe par les frères Lumière en 1895, le film Un train arrivant en gare de la Ciotat fit grande impression au public qui, surpris de voir pour la première fois des images s’animer sous leurs yeux, eurent l’impression que ledit train allait sortir de l’écran et leur foncer dessus. Et Scorsese de filmer cette célèbre anecdote en 3D de façon à donner l’impression que le train « sort » effectivement de l’écran et fonce sur le public présent à la projection, mais aussi sur le spectateur du film lui-même. La boucle est bouclée. Retour à l’envoyeur.

Et puis le plaisir de voir des extraits de véritables films de Georges Méliès en 3D, ultime tour de magie qui aurait sans aucun doute fait un sacré effet sur le premier cinéaste du monde s’il était encore là pour le voir !

Les moyens ont changé, mais le cinéma reste le cinéma.

Journal d'un cinéphile - Film n°20 : Hugo Cabret

Après l’énorme claque qu’avait été Shutter Island, son précédent film, le cinéaste de 70 ans prouve une fois encore qu’il n’a rien perdu de son talent ni de sa vivacité d’esprit qui le caractérise.

Bon, en revanche, à côté de moi, niveau vivacité d'esprit, c'est foutu : le sommeil a eu raison de ma chérie ! Elle a l’allure endormie comme ça, la bouche ouverte et les grosses lunettes 3D de traviole sur le nez !

Ah, la magie du cinéma... !

et en bonus, un très court film de Georges Méliès, daté de 1898, dans lequel celui-ci décroche sa tête de son propre corps à plusieurs reprises !

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