JDC-S02.Ep.01 - L'ange de la vengeance (film n°26)
Lundi 4 septembre 2012 :
L’ange de la Vengeance (Ms.45) – Abel Ferrara – USA – 1981 – DVD
Résumé :
Thana, une jeune femme muette, est attaquée un soir. Agressée et violée par un homme masqué, elle rejoint son appartement où elle surprend un cambrioleur. Une nouvelle fois violée, Thana parvient à tuer son agresseur, qu’elle découpe en morceaux. Traumatisée, elle décide de faire justice en tuant tous les hommes à l’aide d’un calibre 45.
Et voilà, les vacances sont terminées ! Fini la plage, le soleil, les balades et la bronzette. Retour dans « le Nooord », comme le dit si bien Galabru dans le film de Dany Boon. Si c’est un peu déprimant, j’ai tout de même la joie de retrouver mon lecteur DVD et ma télé HD ! Alléluia !!!
Je vais pouvoir m’adonner à nouveau à mon addiction première (enfin, après la cigarette !) : mater des films !
J’en ai vu quelques-uns durant l’été (la trilogie Batman de Nolan, Predators, La Créature du Lagon Noir, The Wrestler, The Silent House, L’aube Rouge...), mais je décide de rependre le fil de mon Journal d’un cinéphile avec l’excellent film d’Abel Ferrara que je viens de me dégoter à 1€ au Cash Machin de Tourcoing (il m’avait manqué aussi celui-là !!) : L’ange de la Vengeance, a.k.a Ms.45.
Effectivement, le film fait écho au dernier film chroniqué dans la première saison du JDC, à savoir Super, où il est question d’un simple quidam décidant de devenir un super-héro et de faire régner lui-même la justice.
Ici, le thème est similaire, mais l’approche est radicalement différente. Chez Ferrara, on ne rigole pas ! Quelques minutes à peine après le début du métrage, la protagoniste principale (mystérieuse et charismatique Zoë Lund, qui sera la scénariste du film suivant d’Abel Ferrara, le puissant et sulfureux Bad Lieutenant), frêle, coincée et muette, est victime d’un viol dans une ruelle. Tout se passe très vite, sans qu’elle ne puisse rien faire, et quelques minutes après, la violence est à nouveau-là. Mais cette fois-ci, elle va se défendre et tuer son agresseur. Auto-défense, vraiment ? Car s’il ne s’agissait que de cela, elle aurait ensuite appelé la police, sans être inquiétée, du fait de son statut de victime. Au lieu de cela, elle met le corps dans la baignoire et se met à le découper en morceaux et à le stocker dans des sacs plastiques qu’elle met dans son réfrigérateur.
Dès lors, la nature de son personnage change du tout au tout. De victime, elle passe au statut de tueuse. De proie, elle devient prédatrice.
C’est que la Thana, elle a une dent contre les gente masculine ! Chaque homme qui la côtoie, ou qu’elle observe dans la rue, devient à ses yeux un agresseur potentiel envers la gente féminine. Elle ne supporte plus les regards des hommes sur elle, la moindre tentative de drague, le moindre contact physique. Thana est littéralement dégoûtée des hommes, et son objectif est de les supprimer, purement et simplement.
Vers la moitié du film, son apparence physique change. De coincée et ringarde, elle se transforme en femme fatale, à grand renfort de rouge à lèvres flashy, d’un pantalon moulant en cuir et d’une sorte de cape noire. Tremblez, messieurs, la Vigilante est en marche ! D’ailleurs, le titre original du film donne au personnage cette stature de super-héroïne : Ms .45, en référence à l’arme qu’elle utilise pour tuer les hommes.
Mais que l’on ne s’y trompe pas, Ms.45 n’est pas une louable justicière, prête à tout pour défendre la gente féminine quotidiennement harcelée par les hommes, que ce soit dans la rue, au restaurant, au travail ou chez soi. Soyons clair : c’est une psychopathe ! Qui tue à tour de bras, sans véritable raison, et y prend visiblement de plus en plus de plaisir à mesure qu’elle pratique cette activité. On la voit même à un moment seule devant son miroir, armée de son calibre .45 et mimant des coups de feux, comme un enfant jouerait au cow-boy dans sa chambre. Paradoxalement, le personnage devient de plus en plus sexy au fil du film, elle qui pourtant rejette toute idée de sexualité. Elle ne devient véritablement « femme » que lorsqu’elle est elle-même devenue une prédatrice, une dominatrice. Une sorte de dénonciation d’un féminisme trop extrême, basé non pas sur l’amour et la défense des femmes mais la haine et le dégoût des hommes ?
Le final du film, célèbre pour cette iconographie d’une nonne armée d’un flingue, est un très fort moment de cinéma, tout en ralentis, avec de beaux éclairages, une utilisation pertinente du son et une montée émotionnelle puissante.
Un beau carnage, si l'on peut dire, qui se termine par le seul et unique mot que prononce Thana dans le film et qui donne encore plus de sens à la psychologie de son personnage.
Quel mot ?
Qu'est-ce qu'elle dit, la dame, hein ??!!
Si vous voulez connaître la réponse, regardez le film de Ferrara ! Et puis les autres aussi, tout aussi puissants, beaux, violents et dérangeants : The King of New-York, Bad Lieutenant, Body Snatchers, Nos funérailles, et bien d’autres !