Journal d'un cinéphile - Film n°11 : Cosmopolis
Jeudi 31 mai 2012 :
COSMOPOLIS – David Cronenberg – France/Canada – 2012 - Cinéma
Résumé :
Eric Packer, vingt-huit ans, multi-milliardaire, se rend chez le coiffeur en limousine le jour d'une visite présidentielle à New York et de l'enterrement d'une star du rap soufie. Au cours de son périple, son empire et sa vie vont s’effondrer…
Et voilà, ça devait bien arriver un jour !
Moi qui suis un inconditionnel de David Cronenberg (son film Videodrome était l’un des 3 films à l’étude dans mon mémoire de Master sur la folie au cinéma !), je n’ai pas vraiment apprécié son dernier opus en date, Cosmopolis, présenté à Cannes et mettant en scène Robert Twilight Pattinson.
En fait, j’ai pas tout bien compris à ce que disaient les personnages sur l’écran. Le film prend le parti de retranscrire quasiment mot à mot les dialogues du roman dont il est tiré, et ce qui fonctionne en littérature ne fonctionne pas forcément au cinéma. En résulte des personnages totalement désincarnés, qui échangent des dialogues cryptés, très théoriques, répondant à une question par une autre question, à la limite de l’abstrait.
Bon, d’accord, ce choix fait sens avec le sujet du film, l’absurdité du système capitaliste, l’argent pour l’argent, l’argent virtuel, gagné et perdu par des individus complètement hors de la réalité, presque robotisés.
Bon, j’avais peut-être un à priori un peu négatif par rapport à Robert Pattinson, sans même avoir vu les Twilight, mais je dois reconnaître que le rôle lui va bien et qu’il incarne la désincarnation parfaitement bien !
Ne pas se fier au 1er plan du film, beau travelling-avant le long des limousines blanches, car ici la mise en scène de Cronenberg est épurée à l’extrême, les plans sont longs et statiques, découpés en simple champs/contre-champs. Encore une fois, cela fait sens avec le sujet du film, d’accord, mais au final, je me suis quand même un peu ennuyé.
J’attendais, comme la bande-annonce le vendait, un film fou, déviant, inquiétant, avec du sexe, de la violence et un décor incroyable. Au final, il y a un peu de tout ça, mais la sauce n’a pas pris pour moi et je suis resté hors du film.
On se demande même ce que viennent faire ici Juliette Binoche et Mathieu Amlaric, le temps d’une scène chacun, qui disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés.
L’élément central du film, cette limousine-monde dans lequel Eric Packer mange, boit, pisse et baise tout en brassant sur un écran des milliards de dollars de par le monde est une brillante idée, assez bien exploitée par le cinéaste canadien. Tout y est glacé, déshumanisé, virtuel. La scène où le golden-boy subit un examen de la prostate tout en discutant de la bourse (!) en face à face avec une jeune femme lascive restera…dans les annales ! (elle était facile, mais bon…)
L’univers de Cronenberg pointe parfois derrière la surface lisse du film, notamment avec l’excellent gun à reconnaissance vocale et mot de passe (après le gun incrusté dans le bras de James Wood dans Videodrome et celui fait de cartilage et d’os dans eXistenZ), objet d’une scène assez cocasse.
Le film est la description d’une décrépitude, de la déchéance d’un monde qui se casse la gueule en arrière-plan (manifestations, crise économique, meurtre), d’abord loin derrière les vitres teintées de la limousine-tank, mais qui atteint et déteint peu à peu sur ladite limousine, qui finira souillée et taguée, et sur le personnage principal, qui finira avec une moitié de coupe de cheveux et de la tarte plein la figure et la chemise.
Fidèle à ses thématiques, Cronenberg montre l’économie comme une entité à la fois abstraite et vivante, dont le dérèglement est une sorte de virus, transmissible par le sexe, les ondes, la maladie et la tarte à la crème !
Tout ça est très intéressant, des étudiants pourraient en écrire des pages de mémoires de master, mais bon, quand même, c’était un peu chiant, quoi !
Et en guise de climax, un long face à face final et verbeux dans l’appartement du personnage interprété par Paul Giamatti, qui en fait des tonnes, et dont l’issue est prévisible.
Et voilà, c’est fini !
C’était ça, le nouveau film de David Cronenberg ?
Bon, faudrait que je vois son précédent opus, A Dangerous Method, que j’ai loupé au ciné et qui, j’en suis sûr, me réconciliera avec le cinéaste canadien !